La genèse du projet

Avant 3 ans et le début de la scolarité, nous pouvons tous remarquer, parents et enseignants, qu’un enfant est naturellement curieux, a envie de faire, de découvrir. Il apprend naturellement par l’observation, par le jeu, par mimétisme, par tâtonnement et essais, avec du temps, à son rythme, à marcher, parler…

A l’inverse, la majorité de mes élèves de 3ème sont passifs et peu enclins à participer à l’élaboration du cours, ont des difficultés à travailler en groupe. Ils sont rarement volontaires pour exposer leur démarche ou pour résoudre un problème. Ils ont peur de donner la mauvaise réponse, peur de se tromper. Certains ne veulent même plus apprendre tout court (adieu l’amour naturel pour les apprentissages du début de l’enfance ! ) car ils ne comprennent pas l’intérêt de ce qu’on leur enseigne.

Les rapports internationaux ne sont guère plus encourageants:

  • un des trois pays où le niveau d’anxiété chez les élèves est le plus élevé avec le Japon et la Corée selon le rapport de l’OCDE
  • un score moyen à l’évaluation internationale PISA organisée par l’OCDE, qui masque de fortes différences, avec d’un côté, une élite qui excelle (8% des élèves, un pourcentage stable) et de l’autre, un nombre toujours plus important d’élèves qui cumulent les difficultés

Comment en est-on arrivé là ? Comment l’école de la République a-t-elle creusé les inégalités et fragilisé la soif d’apprendre naturelle des enfants ?

Saviez-vous que le système éducatif français repose sur un modèle conçu au XIXème siècle, pour répondre aux intérêts économiques et aux besoins des industriels en pleine Révolution Industrielle? C’est pourquoi l’école française surévalue certains types de savoirs et compétences et par là-même, en néglige d’autres qui sont tout aussi importants, et qui contribuent à l’épanouissement des individus et donc à la richesse de nos sociétés. Dès les premières années d’école, il existe une hiérarchie entre les matières enseignées avec une suprématie des mathématiques et des langues. Les élèves sont notés, classés et on leur apprend à donner LA bonne réponse. Les activités impliquant l’émotionnel, la prise d’initiative, les sens et le travail collaboratif sont peu proposées. Ces méthodes mettent rapidement en difficulté des élèves qui perdent confiance en leurs capacités.

L’engouement des parents pour les école alternatives ces dernières années montre que ce modèle éducatif est à bout de souffle, dépassé par l’évolution de notre société et les besoins de nos enfants. L’école doit être en phase avec son temps, redonner du sens aux apprentissages et entretenir l’envie naturelle d’apprendre des enfants, pour en finir avec les difficultés d’apprendre, l’échec scolaire, la démotivation, l’anxiété élevée des écoliers français. Notre monde évolue rapidement, les entreprises cherchent donc des collaborateurs créatifs et autonomes, capable de s’adapter, de faire preuve d’initiatives. Demain, la plupart de nos enfants exerceront des métiers que nous n’avons même pas encore imaginés. Il est donc essentiel de revoir notre manière d’enseigner!

Je suis Marion Senez, j’ai 35 ans, je suis enseignante depuis maintenant 13 ans et mon rêve est d’offrir à chaque enfant une scolarité qui lui permette de grandir harmonieusement, de devenir un être responsable, autonome. Je suis convaincue que nous pouvons faire progresser et réussir chaque élève non pas en remettant en cause leurs capacités mais la façon d’enseigner dans notre pays. Des pays comme le Danemark, la Finlande l’ont fait depuis plusieurs années et les résultats sont là, des enfants épanouis, excellents à l’évaluation internationale PISA.

J’aime mon métier. Je me suis donc  interrogée sur ce que je voulais transmettre et sur la manière dont je voulais le faire pour préserver ce bonheur et cette envie d’apprendre chez mes élèves. C’est ma passion pour le développement de l’enfant et pour les pédagogies coopératives, positives et actives, qui m’a donc menée sur cette voie de créer une école alternative. En m’appuyant sur mon expérience d’enseignante auprès de publics d’âges différents et de milieux différents, sur les recherches en neuro-sciences et sur la théorie des intelligences multiples, j’ai souhaité une école respectueuse de chaque enfant, à la pédagogie basée sur l’expérimentation, les manipulations et le jeu. Ma pratique me confirme chaque jour un peu plus que les enfants sont capables d’ apprendre par eux-mêmes s’ils sont accompagnés avec bienveillance et respect (respect de leur propre rythme, de leurs besoins et de leurs phases sensibles). L’enfant doit pour cela être acteur de son propre développement et en ce sens être libre de ses mouvements et de ses choix d’activités. Il me semble primordial qu’ils évoluent dans un environnement serein, riche et stimulant, qui leur permette de développer leur connaissance de soi et des autres, leur estime de soi, leur libre arbitre.

Mon arrivée à Mérignac en 2018 pour des raisons familiales et ma mise en disponibilité m’ont permis de concrétiser tout doucement ce rêve et la volonté d’un futur papa d’élève avec la création de l’association Les petites pousses en début d’année va permettre de réaliser ce projet…

Finalement l’ouverture de l’école est reportée et nous avons dû effectuer quelques modifications!

L’école sera désormais une micro-école accueillant 6 enfants à mon domicile (sur le même principe que les assistantes maternelles mais pour les plus grands!!!). Une grande pièce de 50 m2 avec baies vitrées donnant sur le jardin de 400 m2, une salle d’eau avec toilettes et une zone de repos seront dédiées à l’école.

Le projet devrait se concrétiser d’ici fin septembre…